La deuxième crise

Je vous préviens, je sors de ma zone de confort...

Après des kilomètres d’articles et des mois de télévision en boucle sur le confinement et la crise sanitaire – nombre de positifs, nombre de lits de réanimation, nombre de morts, nombre de guéris… -, on a à présent droit à une mise en lumière particulièrement anxiogène sur la deuxième crise, la crise économique.

Nos politiques, nos journalistes, nos amis même se font tous écho des horreurs qui nous attendent, sur toutes les plateformes d’informations disponibles, des grands médias traditionnels aux cozy web comme WhatsApp. Commerces en faillite, start-ups qui ferment, salariés licenciés ou menacés de réductions de salaires… La liste est longue et particulièrement angoissante.

En plus, on prédit le pire avenir à notre jeunesse qui cherche un stage, une alternance ou un premier job dans le pire contexte économique des 60 dernières années… Et on les décourage presque d’essayer, d’ailleurs !

On adore parler des trains en retard. Vous me direz, ça, ce n’est pas typiquement français, c’est humain. Certes. Mais couplé à la peur du risque sur l’argent de nos éducation et inconscient collectifs, ça n’aide pas à relancer le pays tout entier dans la consommation.

Je ne suis pas économiste. Je n’ai aucune compétence sur la question et je ne doute pas un instant que les choses soient difficiles pour de nombreuses entreprises, patrons, salariés, étudiants, entrepreneurs… Mais dans le même temps on parle de milliards d’euros des ménages français qui auraient été économisés pendant le confinement, donc la perte de pouvoir d’achat ne concerne pas tout le monde, il reste bien des foyers qui ont des économies, des projets, des besoins sur lesquels dépenser ces euros mis de côté « au cas où » ?

Angoisse et anxiété

Mais, si j’en crois les médias, #LesGens, ils ont peur. Ils épargnent. Ils ne consomment que le strict nécessaire. De toutes façons ils vont perdre leur boulot / leur maison / leur entreprise / leur chemise donc ils ont bien raison d’être prudents, et seuls les riches / méchants patrons / bousicoteurs manipulateurs / personnes peu scrupuleuses peuvent encore se permettre d’aller dans les magasins.

Oui, je caricature un peu. Mais après les semaines à ne parler que de santé, j’ai l’impression qu’on ne parle plus que d’argent. Pour nous rappeler qu’on n’en a pas ou qu’on ne devrait surtout pas le dépenser si on en a encore un peu…

On est mal barrés quand même, si tout le monde réfléchit comme cela. C’est pas un peu vicieux, comme cercle ?

Même Cher-et-Tendre, qui pourtant adore acheter plein de trucs parce que c’est une bonne affaire, qu’il en a envie, ou juste qu’il peut, n’a fait aucun achat d’impulsion depuis le 11 mai, c’est dire. Attention, il a acheté un peu quand même – une paire de chaussures indispensable, par exemple. Ben oui, il n’avait pas de mocassin d’été orange, nécessité s’il en est. Mais juste une. Inédit, c’était.

Crise économique ou crise de confiance ?

Parce qu’il faut le rappeler, le Français est frileux avec son argent. Les bas de laine, dessous de matelas et autres Livret A – apparemment si peu rémunérés qu’en fait on perdrait en fait en capital – sont pleins, et restent le premier réflexe d’épargne d’une population majoritairement averse au risque. Sans compter que notre système éducatif n’explique pas l’économie avant tard, un peu comme la philosophie, histoire de dire qu’on en a parlé…

À l’époque du Covid, il avait été décidé de publier aussi les chiffres de guéris, un peu d’optimisme dans ce monde de brutes… Ne pourrait-on pas faire pareil avec l’économie ?

Par exemple, publier le nombre de commerces qui ont un chiffre d’affaires suffisant pour remettre au travail leurs salariés ? Le nombre d’entreprises qui prévoient d’embaucher ? Le nombre de couverts servis dans les restaurants pour montrer que ça monte – si ça monte ? Le nombre de nuitées vendues par les hôteliers ? Le nombre de réservations dans les campings ?

Alors peut-être que #LesGens, ils se diraient, tiens, il y en a qui dépensent. Peut-être que je peux y aller aussi ?

Si j’ai retenu un truc de mes rares cours d’économie, c’est que la base d’une économie « saine », et même de l’ensemble du système monétaire, c’est la confiance et la foi en l’avenir. Alors, on y croit ?

Photo by Markus Winkler on Unsplash

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