Ça suffit

main devant le visage pour dire stop
Tout mon beau planning est bouleversé.

L’émotion n’est pas vraiment retombée depuis vendredi soir. Après la vivacité de mon post de samedi matin, j’ai cherché des informations fiables. J’ai essayé de reconstituer la chaîne. J’ai parcouru des centaines de posts de réseaux sociaux de gens qui sont tellement en dehors de mes sphères habituelles que j’ai peur de comment cette plongée en absurdie va altérer la compréhension de l’algorithme de mes centres d’intérêt et mes opinions.

J’en tire des conclusions un peu confuses. Tellement d’ailleurs que j’ai réfléchi plus qu’à mon habitude sur la façon dont structurer ce billet. Ça se bouscule dans ma tête. Vous n’alliez pas comprendre – j’y arrive à peine, alors il faut ranger un peu les choses.

Arrêter le #PasDeVagues

Il y aurait donc plusieurs poids et plusieurs mesures dans la façon dont l’Education Nationale réagit à une plainte de parents. La peur d’être taxé de racisme ou d’islamophobie a semble-t-il généré une sorte de coubature d’échine permanente pour ne pas faire de vagues, selon l’expression consacrée.

Le pire exemple : la comparaison qu’a faite une prof dimanche, interviewée pendant la manif, du refus des caricatures des musulmans avec le refus d’une élève juive d’écrire le nom de Dieu et qui a donc des points en moins à ses dictées. Mais quel rapport ??? Entre l’acceptation de la conséquence dans les notes du respect d’une consigne religieuse sans contestation – ni exigence que le mot Dieu disparaisse des dictées -, et la réclamation insistante et médiatisée que le programme se plie à des exigences religieuses, il y a un monde, non ? Entre l’acceptation des lois de la République et des conséquences que respecter sa religion entraîne, et l’exigence que la République fasse entrer dans l’école des interdits religieux, il y a une galaxie, non ?

Mais ça fait bien de montrer, encore et toujours, que ce n’est pas dirigé contre les fanatiques d’une religion en particulier. Sauf que si, en fait.

Arrêter de ne pas nommer

Je ne peux pas écrire arrêter le #PasdAmalgame, parce que je ne fais pas l’amalgame, bien sûr. On parle d’individus pas si isolés que ça mais d’individus, qui ne représentent pas forcément une religion toute entière, pas plus que Alice Coffin ne me représente en tant que femme, par exemple, ou que la médecin anti-masque de l’Est ne représente l’ensemble des médecins.

Quand on lit les articles sur le sujet, et je dois avouer que je suis en descente en spirale dans le trou du lapin d’Alice sur ce sujet, on se rend compte qu’en fait, il y a des institutions religieuses, des associations qui se réclament du statut d’ONG, des individus spécifiques qui depuis plus de 15 ans sont connus, agissent en toute impunité, et surfent très prudemment sur la ligne à ne pas franchir pour ne pas être condamnable au sens de la loi. Donc ces mêmes personnes qui veulent étouffer notre liberté d’expression l’utilisent très intelligemment pour ne pas se faire prendre, tout en attisant les braises de personnes plus influençables, plus naïves, plus jeunes d’ailleurs la plupart du temps… sans jamais les inciter directement à passer à l’acte, ce qui serait passible de sanctions pénales.

Mais il faut bien reconnaître et dénoncer les utilisations de victimisation permanente, qui surfent sur les culpabilités de certain.e.s qui vont jusqu’à écrire qu’ils comprennent les terroristes. Certain.e.s sont en train de comprendre leurs erreurs passées, et sur quelle pente glissante leur démagogie politico-politique les a entraînés. Mais pas tous.

Arrêter d’utiliser les mots

Ça semble en contradiction avec l’injonction précédente. J’oscille dans les différents stades du deuil et je suis en colère, aussi. En colère même contre moi-même, qui continue de réagir avec des mots, parce que c’est l’arme qu’on m’a apprise (oui, j’ai utilisé le mot arme, je sais, on n’arrête pas d’être en guerre, contre le virus mais pas que).

Donc j’ai aussi envie qu’on arrête de parler et qu’on passe aux actes. Mais quels actes ? C’est la question à partir de laquelle on voit ressurgir toutes les tensions et dissensions politiques de la France et de l’humanité toute entière. Plus de prévention ? Plus de contrôle des réseaux sociaux ? Plus d’actions menées sur la base de tweets ou de paroles qui pourtant officiellement ne tombent pas sous le coup de la loi ? Plus de lois alors ? Plus de renvoi en dehors des frontières ?

C’est un peu comme avec le virus et le nombre de lits disponibles en réa ou de masques en Mars. Les décisions sur les lois, les décisions de laissez-faire, les tentatives d’apaisement de ces 10 ou 15 dernières années ont des conséquences sur notre quotidien aujourd’hui, et sur nos marges de manoeuvre aujourd’hui.

Arrêter de blâmer les réseaux sociaux

Je suis souvent la première à critiquer les bulles de filtre, le manque de modération, les algorithmes des réseaux sociaux, Facebook en tête. Mais s’ils propagent plus vite qu’avant les théories du complot, fake news, et autres appels à la haine, ils ne les créent pas de toutes pièces. Sans doute que sans Facebook et consort, le terroriste aurait mis plus de temps à entendre parler de ce qui s’était passé à 100 kilomètres de chez lui.

Mais le point de départ reste les hommes. Les femmes aussi apparemment. Pas les réseaux sociaux. Et limiter notre action en réponse à la simple propagation accélérée plutôt qu’aux origines des événements serait à mon sens une énorme erreur. Un hors-sujet, même.

Arrêter les suppositions

Il faudrait aussi arrêter de ne pas savoir. De supposer. De donner voix à tout le monde sans vérification des faits. On a entendu depuis plusieurs jours pas mal de choses sur le déroulé des événements. La fille de 13 ans était-elle présente ou pas ? À quelle date s’est déroulé le cours en question – entre le 5 et le 8 octobre, j’ai tout entendu ou lu…

Même si je comprends que la justice suit son cours et qu’on n’a pas encore toutes les informations, la date du cours devrait être un fait établi, non ? Tout comme la présence ou pas d’une jeune fille de 13 ans au collège. On ne fait plus l’appel comme à mon époque ? On n’appelle pas les parents en cas d’absence non justifiée ? On ne garde pas trace des arrêts maladie ?

Il faudrait aussi arrêter le bénéfice du doute. La présomption d’innocence, certes. Mais pas le bénéfice du doute sur les intentions des créateurs des vidéos qu’on a tous regardé ad nauseam ce week-end. C’est très difficile pour moi d’en arriver là. Je me bats avec tout mon être, mon passé, mon éducation – laïque et républicaine, mes convictions profondes, quand je me rends compte que j’en arrive à penser cela.

Alors on fait quoi ?

On fait confiance à nos professeurs et on les soutient dans leur rôle, que ce soit pour montrer des caricatures ou mettre une mauvaise note à nos enfants. Que ce soit pour expliquer les vérités scientifiques de la création du monde, l’éducation sexuelle, ou les fondamentaux de notre démocratie.

On fait confiance à nos institutions et on espère qu’elles ont enfin compris les dangers à ne pas vouloir prendre de risques et ne pas nommer.

On fait confiance à nos concitoyens et on espère que, quels que soient leur confession ou leurs calculs politiques démagogiques, ils arrêteront de condamner tout en disant que le prof l’avait bien cherché.

C’est pas gagné, en fait.

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Photo by Nadine Shaabana on Unsplash