La frontière

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Qui suis-je, en fait ?

J’ai démarré ce blog (et le podcast qui en est tiré) le 17 mars dernier, au début du confinement. Mon angle : une chronique, des billets dit « d’humeur », sur la vie au temps de la Covid19, avec ses doutes, ses joies, ses peines, et la perte de frontière pro-perso que le télétravail avec enfant allait mécaniquement engendrer.

7 mois plus tard, on ne sait toujours pas grand chose, et même si techniquement on n’est pas confinés, la frontière pro-perso continue de s’effriter – je pense qu’un retour en arrière n’est plus possible en fait. Comme sur beaucoup de sujets, la crise actuelle n’a fait qu’accentuer et accélérer des tendances déjà lancées, inexorablement.

Les réseaux sociaux

Au début, il y avait les réseaux sociaux. On s’était bien dit, à la fin des années 2000, ou au début des années 2010, selon son niveau d’appétence aux nouveautés techno-sociales, que c’était un peu bizarre, ces trucs. Que à part sur LinkedIn, on ne savait pas trop sur quel pied danser. Que même si on avait une ligne éditoriale pro sur Twitter, un like ou un retweet d’un sujet moins lisse pouvait si vite arriver…

À force de check et recheck, on a essayé tant bien que mal de tenir la frontière, de réserver Facebook aux potes et à la famille – même si rapidement on a participé à des groupes de professionnels. On allait sur LinkedIn à la recherche de job ou de clients, et on y trouve aujourd’hui des posts émus de l’hommage à #SamuelPaty. Instagram c’était clair, que des belles photos, de son déjeuner, son bureau, son lieu de vacances, bref, on pouvait tout s’y permettre. Et Twitter… Ben Twitter c’était plus compliqué, et ça le reste. Infos généralistes ou pointues, clash ou soutien, le mélange des genres a pour moi commencé sur Twitter. Il y a plus de 10 ans donc.

Le bénévolat

Quand on a des actions bénévoles autour de son coeur de métier, comme c’est le cas pour moi dans un collectif d’acculturation au digital et lutte contre l’illectronisme, ou pendant près de 2 ans dans une association d’aide aux chefs d’entreprise en difficulté, forcément, la frontière s’effiloche encore un peu. Parce qu’on est sur le temps perso, mais avec des compétences pro. Parce que les liens qu’on tisse avec les autres bénévoles débordent forcément du cadre pro – on a déjà des valeurs en commun puisqu’on est là, donc on va plus vite dans le perso.

Au conseil d’administration des parents d’élèves, c’est pareil. On est dans le cadre perso bien sûr – quoi de plus personnel que représenter son ou ses enfant.s, mais on parle de ses compétences – pro – à mettre au service du collectif, de son réseau – souvent pro – à solliciter…

La Covid19

L’apothéose de l’explosion de la frontière a eu lieu au début de la crise que nous vivons. Cris d’enfants, passage inopiné – et souvent inopportun – de membres de la famille dans le cadre de la visio, commentaires anodins mais pas que sur nos murs, bibliothèques, ou choix de papiers peints…

Sans compter les visios depuis les résidences secondaires au bord de la piscine, les « quel temps il fait chez toi ? » alors que d’ordinaire on travaille sous la même grisaille, les « tout le monde va bien dans ta famille » alors qu’on savait à peine avant si notre interlocuteur.trice en avait une, de famille…

Depuis le 11 mai, c’est l’obligation morale (et légale?) de déclarer à son employeur ou ses clients quand on est cas contact ou suspicion de Covid19 pour expliquer une absence ou un passage en distanciel. La prise en compte des mesures sanitaires dans l’organisation de la vie au bureau… et à la maison. Le suivi de la dispo des tests, de la durée d’arrivée des résultats, la communication au grand jour de ce qui fait pourtant notre intime, notre santé – et celle de nos proches, puisqu’on doit aussi s’auto-isoler en cas de présence de malade dans le foyer.

Alors, plus de frontière ?

Si vous lisez ou écoutez régulièrement cette chronique, vous avez sans doute compris que je ne crois pas à la frontière. Nous avons certes plusieurs facettes mais sous une même enveloppe, et surtout un même cerveau. Je ne sais pas débrancher mes compétences pro avec mes amis, pas plus que je ne peux déconnecter mes valeurs humaines quand je parle à un client.

La semaine qui s’est écoulée, je n’ai pas pu démarrer une réunion ou un déjeuner sans évoquer l’attentat de vendredi dernier. Sans partager – pudiquement certes, mais quand même partager -, mon émotion. Sans reconnaître que la période est complexe, anxiogène à tous les niveaux, que l’arrivée de l’automne n’arrange d’ailleurs pas.

À un déjeuner la semaine dernière, j’ai réalisé que la co-existence sur mon fil Twitter de ces parutions et de ma newsletter créait aussi une confusion. Donc je clarifie : Revues et Corrigées, ici donc, c’est une chronique, avec certes du perso – mais parfois aussi du pro. Ma newsletter, c’est le Comment du Pourquoi, une veille d’articles ou sujets business avec l’angle client qui me caractérise (marketing / digital / communication / relation client / innovation) – 100% pro dans les sujets mais écrite par moi, donc avec un peu de perso quand même, a minima personnalité.

Ah oui, en effet, je comprends la confusion, c’est pas forcément plus clair…

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Photo by Wesley Tingey on Unsplash