La semaine de tous les dangers

Vote en lettres scrabble sur un masque
Le réveil risque d'être rude mercredi.

Normalement, vous me lisez ou m’écoutez le jour même de la publication du billet ou du podcast, dans ce cas précis, mardi 3 novembre 2020.

Mardi 3 novembre 2020, le mardi après le premier lundi de Novembre. Jour de l’élection américaine.

Comme aucune autre

La proportion de votes par correspondance est telle qu’elle atteignait déjà lundi soir les deux-tiers du nombre de votants de 2016… Or tous les sondages annoncent une participation record. Ça veut dire surtout que de nombreux bulletins ne seront pas dépouillés dans la nuit (américaine, la nuit, et pas au sens Truffaut du terme) de mardi à mercredi.

Il va donc y avoir incertitude sur le résultat pendant un moment, et la longueur de ce moment est impossible à déterminer à l’avance, car elle dépend de pas mal de facteurs.

Décompte

Il va d’abord y avoir le compte comme à toutes les élections. Normalement, comme en France d’ailleurs, une fois un certain nombre de bulletins dépouillés, on peut faire une projection du résultat final. Mais les projections s’appuient sur… le passé. Or cette année, du passé a été fait table rase. Donc les algorithmes ne servent probablement pas à grand chose. Encore faut-il que ceux qui les utilisent le sachent – ou l’admettent.

Il va y avoir la course habituelle des medias pour « call » un Etat. Parce qu’aux US, pays au suffrage indirect – notion à laquelle je n’avais pas tout compris avant que de vivre la ré-élection de Clinton en 1996 sur place, on se fiche un peu de la voix du peuple en fait. Berceau de la démocratie soit-disant… C’est pour cela que chaque Etat compte, et le nombre total ne compte pas. Hilary avait gagné le « popular » vote, donc dans un système au suffrage direct, elle aurait été élue. Mais non. Il y a les Etats-clés (avec beaucoup beaucoup de voix), les « swing states » (ceux dont on ne sait pas pour qui ils vont voter à l’avance), au sein de ces swing states les counties… Bref, je ne suis pas Thomas Snegaroff, ni Corentin Sellin, mais c’est compliqué déjà quand tous les bulletins sont comptés en même temps.

Enfin en même temps, c’est pas tout à fait vrai, parce que pendant que les Etats de l’Est sont décomptés – et les résultats publiés – les Etats de l’Ouest votent encore, décalage horaire oblige. Choquant pour un Français ? Certes, mais moins que la pub à la télé pour un candidat (ils ne connaissent le respect du temps de parole que pendant les débats…).

Cour Suprême ou Parlement ?

La grande question qui va se poser quand même, c’est jusqu’où vont aller les probables plaintes déposées par un camp ou un autre pour arrêter la prise en compte des bulletins arrivés par mail. Enfin quand je dis par un camp ou un autre, je doute que ça vienne des Démocrates, mais on ne sait jamais, les Américains adorent porter plainte. Gore a perdu comme ça.

Si le perdant – d’un procès sur ce sujet – n’est pas satisfait du résultat, il fera appel. Puis à nouveau appel. Ainsi de suite jusqu’à ce que le cas puisse se retrouver devant la Cour Suprême… dont le jugement aura des répercussions sur les autres plaintes en cours dans d’autres Etats le cas échéant. Et on sait à peu près à qui la Cour Suprême donnera raison…

Mais il se peut que cette stratégie n’aboutisse pas à temps – en effet, si le 6 janvier, il n’y a pas encore de vainqueur officiel, alors si j’ai bien tout compris – et rien n’est moins sûr – le parlement doit trancher.

Et là, ça se corse : si j’ai bien tout compris toujours, chaque Etat n’a qu’une seule voix – et non pas chaque député. Et on parle de l’ancien parlement, celui de maintenant, en fait, pas celui qui sera élu mardi 3 novembre aussi – un tiers des députés est renouvelé en même temps que l’élection présidentielle, avec les mêmes sujets de décompte des votes. J’ai l’impression d’une poupée russe, là… Un comble !

La dernière possibilité

Elle est trop horrible pour la citer et pourtant cela fait déjà plusieurs semaines que je dis à Cher-et-Tendre que ça nous pend au nez. La guerre civile.

Ils ont déjà attaqué un bus de campagne. Ils se sont approvisionnés en munitions au point que même les plus fervents anti-gun des Démocrates ont pour certains acheté un flingue. Ils s’époumonent sur les réseaux sociaux et trouvent un refuge ailleurs dès qu’un groupe est banni.

2020, annus horribilis.

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Photo by Glen Carrie on Unsplash