Ceintures et bretelles

Covid-19 vaccine
J'avais promis une pause, j'ai tenu.

Meilleurs voeux pour 2021, d’abord et avant tout !

Les 2 semaines qui viennent de s’écouler sans que je vous partage mes pensées les plus diverses sur les événements qui nous entourent ont été à la fois bénéfiques et bizarres. Bénéfique, de ne pas vivre au rythme des productions prévues, et bizarre parce que j’avais régulièrement envie de partager un certain nombre de coups de gueule, la majorité liée à la stratégie vaccinale.

Des choix étonnants

Je ne vais pas parler de si il faut se vacciner ou pas. Chacun peut se faire son idée en son âme et conscience. Mais pour ceux qui ont décidé de se faire vacciner, c’est quand même un énorme découragement de ne pas pouvoir le faire…

La décharge à signer lors de la consultation obligatoire pré-vaccinale – parce que soyons honnêtes, le consentement n’est autre qu’une décharge -, censée « rassurer », a bien évidemment eu l’effet inverse. N’importe quel marketeur aurait pu les prévenir.

L’ordre de vaccination était aussi étonnant. Vacciner les personnes les plus à risque, certes, mais les soignants des ailes Covid, confrontés à des charges virales énormes, n’en feraient-ils pas partie ? Cet « oubli » a d’ailleurs déjà été corrigé au moment où je reprend mon clavier.

Bref, un exemple classique de la prophétie auto-réalisatrice : les mesures prises pour éviter un grand nombre de refus ont augmenté suspicion… et refus.

Stratégie vaccinale

Enfin, la France n’a mis à la tête de la stratégie vaccinale que… des médecins. D’éminents médecins, certes, mais que des médecins. Or, si la décision d’autoriser le vaccin appartient à la communauté médicale, la responsabilité de l’organisation du stockage et du transport du vaccin, ainsi que la mise en place de lieux dans lesquels ne pas gâcher la moindre goutte relève de fonctions logistiques, pas médicales.

La logistique, c’est cette fonction de l’ombre qui crée ou tue une expérience client. C’est ce qui permet une livraison en 24h ou un plat de votre restaurant préféré qui arrive encore chaud. Il y a plusieurs subtilités en logistique comme en tout, et non des moindres la logistique du dernier kilomètre.

La logistique, c’est donc souvent la responsable d’une mauvaise expérience client. Le livreur qui manipule le colis avec peu de soins. Celui qui refuse de monter les escaliers. Les retards de transport. Bref, la logistique, c’est important, et noble, nonobstant les avis de ces médecins qui clament avec fierté que ce n’est pas leur spécialité.

Le mal français

Dans un pays qui porte aux nues les intellectuels, pas étonnant que la logistique soit considérée comme une moindre discipline. Mais c’est dangereux. Parce qu’à présent, seule une logistique de fer, menée s’il le faut par des spécialistes au service de l’Etat (l’Armée vient immédiatement à l’esprit) pourra permettre l’administration rapide du vaccin et la sortie de la crise.

Les pays qui ont décidé cela ont démontré une capacité à accélérer qui crée de plus un cercle vertueux : plus il y a de gens vaccinés, plus la suspicion diminue. Par le même mécanisme qui freine le déploiement en France à cause d’une technique « ceintures et bretelles » qui ne rassure personne, l’engagement des gouvernants dans de nombreux pays à se faire vacciner en public, montrer dans les medias plus de gens pour que anti-vaccins (et avec 44% de pour, il en reste encore à montrer en France, n’est-ce pas les médias) a un effet bénéfique sur les indécis, les fameux, qui pourraient renverser la balance de la même façon qu’un résultat électoral.

Sortie de crise

La dernière du gouvernement est quand même impressionnante : un collectif de 35 citoyens pour donner leur avis sur la stratégie vaccinale… Sérieux ? Désolée, je ne vois pas cela comme de la démocratie participative, mais comme un énième amateurisme, cette fois avec monsieur et madame Toulemonde… On a pourtant des experts en logistique dans ce pays, il n’y a qu’à demander de l’aide à Veepee, CDiscount, et consorts.

Bien sûr, si on était plus assuré que le vaccin empêche la transmission, on serait plus enclin à se faire vacciner. Personnellement, je l’espère – et l’expérience des autres vaccins penche en ce sens, même si on attend une confirmation officielle, à ce que j’ai compris. C’est sans doute ce qui rendrait la vaccination une condition d’ailleurs pour prendre l’avion par exemple, n’en déplaise aux défenseurs ardus de la liberté individuelle.

Mais même sans cela, vacciner rapidement les soignants, les personnes à risques (l’ordre proposé est d’ailleurs intéressant : âgées et en établissement d’abord, puis âgées et isolées pour finir avec les personnes moins âgées mais fragiles), pour ensuite ouvrir à la population moins à risque mais volontaire, et réduire drastiquement la mortalité – et la surcharge des hôpitaux… Donc un retour à la vie normale.

La vie normale

En 2021, on n’aura évidemment pas une vie « comme avant ». Même avec une logistique impeccable, il faudra plusieurs mois pour vacciner tous les volontaires, ne serait-ce qu’à cause de la disponibilité des doses. Donc plusieurs mois avec des masques.

Et même après, la vie normale ne sera sans doute pas « comme avant », d’ailleurs. Entre changements de comportements pérennes et crise économique dont nous allons mettre longtemps à sortir, des changements de paradigme sont à prévoir.

Enfin je disais le contraire l’année dernière donc je crois que je ne sais pas. Le leitmotiv de la pandémie, toujours…

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Photo by Hakan Nural on Unsplash