La nature humaine

Vous allez lâcher WhatsApp, vous ?

Ça fait 10 mois ce matin qu’on a confiné la première fois. Et depuis, c’est de pire en pire… La nature humaine ne me rassure pas du tout.

Côté virus

C’est la folie douce. Des variants dans tous les sens. On a dépassé les 2 millions de mort dans le monde en 1 an. Pas la peste, mais tout de même. Et de plus en plus de pays rapportent des incidences des variants plus contagieux, voire plus dangereux. Donc les gens voyagent encore. Rassurant.

Côté vaccin

Dans le respect le plus total de ses habitudes, le Français a refusé le vaccin, râlé qu’il n’était pas suffisamment disponible, et incendié les process pour prendre rendez-vous.

Des vaccins dont on ne comprend pas encore tous les impacts – j’attends toujours la confirmation qu’on n’est pas contaminateur quand on est vacciné, ce qui changerait considérablement la donne et la confiance.

Tout de même 1 million de rendez-vous déjà pris. Et comme souvent avec ce que nous vivons, au moment où on a l’impression que ça va bien se passer, paf ! Pfizer annonce qu’il risque d’y avoir des retards de livraison. C’était trop beau.

Côté mesures

Alors là, c’est la cacophonie la plus totale, toujours dans le respect du caractère râleur franchouillard revendiqué haut et fort par mes compatriotes. Et relayé par les médias.

Et ça me fatigue.

Combien de fois faudra-t-il répéter qu’on n’a aucune idée de l’impact des mesures, donc affirmer d’un ton péremptoire que ça ne sert à rien alors qu’on est juge et partie quand on est directement impacté, ce n’est pas une preuve. Et franchement, à ce stade, on est tous impactés, donc personne n’a plus aucune objectivité.

Le couvre-feu pèse ? Il va avoir un impact économique ? Sans doute. Mais quelle alternative ? Un confinement généralisé qui va forcément avoir plus d’impacts encore, sans garantie de fin ? Un laisser-aller au niveau de la courbe des contaminés et un choix différent de privilégier l’économie et la vie sociale par rapport à la surcharge des hôpitaux ? La question que j’avais déjà soulevée il y a quelque temps revient en force tant les dommages collatéraux sur le long-terme commencent à s’accumuler. Le choix de la vie à tout prix aujourd’hui est-il encore le bon, sans lumière au bout du tunnel ?

Hypocrisie et mauvaise foi, mamelles de la nature humaine ?

Je n’ai aucune réponse, que des questions. Que je partage avec vous, avec Cher-et-Tendre, avec mes amis, avec moi-même…

Mais j’entends à longueur de médias un paquet de gens pas du tout objectifs, dont les revendications se veulent générales mais sont finalement assez nombrilistes. Les étudiants qui refusaient les partiels en présentiel (pour s’en mordre les doigts après avoir pris connaissance des sujets plutôt faciles, les profs ne sont pas si méchants) – pour à présent revendiquer de revenir en cours. Les commerçants qui râlent des 2h du soir perdues en refusant d’ouvrir sur leur heure (ou plus) de déjeuner traditionnellement fermée. Les maires qui annoncent avec force vocalise leur refus d’appliquer le couvre-feu – qui ne dépend pas d’eux, mais des préfets – dans une démarche démagogue abjecte.

Tout cela ne me rassure pas sur la nature humaine. Nous avons plus naturellement propension à nous défendre qu’à défendre les autres. Nous préférons nous sauver individuellement plutôt que penser collectif.

J’avais 9 ans quand M. Spock m’a appris que les besoins du collectif doivent passer avant ceux d’une minorité, ou d’une seule personne (« The needs of the many outweigh the needs of the few… or the one »), dans une scène de sacrifice bouleversante – et d’une logique implacable. Mais M. Spock n’est qu’à moitié humain.

Pourquoi WhatsApp alors ?

Avec toutes ces digressions, j’ai dévié de mon sujet que je pensais au départ principal, et qui est sur toutes les lèvres et tous les sites, le changement de conditions d’utilisations de WhatsApp.

Petit résumé

WhatsApp a annoncé un changement de conditions générales d’utilisation – dont la signature est indispensable à l’utilisation du service, donc non refusable si on veut continuer de l’utiliser. C’est parti en boule de neige sur tous les medias, d’interprétations en fausses informations. Et sur tous les réseaux, avec deux alternatives qui ont tiré leur épingle du jeu, Telegram, et surtout Signal. Signal a été recommandée par Elon Musk dans un tweet lapidaire. Et même par Edouard Snowden avec la meilleure preuve que l’app est sûre – « Je l’utilise tous les jours, et je ne suis pas mort ».

Après un peu d’investigation, en fait, ce n’est pas avec Facebook que WhatsApp veut partager les données. C’est plutôt avec les entreprises à qui ils souhaitent vendre de la pub, pour encore plus de ciblage et de personnalisation – ce qui n’est pas forcément rassurant. Et en union européenne, la RGPD leur interdit de faire un paquet de trucs prévus, et les règles devaient donc être différentes. De plus, le contenu des conversations reste bien crypté de bout en bout, sans lecture possible ni par Facebook ni même par WhatsApp.

La vindicte populaire

Après une semaine de bad buzz et de désinstallations, WhatsApp a annoncé repousser son changement de politique au 15 mai. Jusqu’au prochain délai, à mon avis.

J’en suis à la fois ravie et pétrifiée. Ravie que même les grands noms des Internets ne puissent pas tout nous faire accepter, tant qu’il y aura des alternatives. Pétrifiée de la vitesse à laquelle tout cela s’est emballé, sans vérification des informations – pour la majorité erronées ou a minima douteuses – qui ont circulé à la vitesse de la lumière. Une lapidation en bonne et due forme sans autre forme de procès.

La nature humaine

On en revient à la nature humaine. Pas rassurant.

C’est un peu tard pour changer d’espèce.

Pour vous abonner au podcast

Revues (et Corrigées) est disponible sur Apple PodcastsGoogle PodcastsSpotifyRadio PublicBreakerPocket Cast, Majelan, Overcast, Anchor, Bullhorn, Podcloud, et Podcast Addict

Photo by Rachit Tank on Unsplash