L’impact sur les enfants

J'en parle un peu, j'y pense beaucoup.

Je n’ai pas encore plongé dans le sujet des impacts à long-terme de ce qui nous arrive. Je l’effleure beaucoup, mais j’y plonge peu.

Parce que ça fait peur.

Convergence

Comme souvent dans le choix des sujets de cette chronique d’un confinement qui n’en finit plus, c’est une convergence de sujets qui m’amène aujourd’hui à l’aborder.

Flint Dimanche, qui titre « Prenez soin des enfants » le dernier dimanche de mars (à lire absolument). La décision de fermer les écoles. Et les mots de Petit d’Homme.

Petit d’Homme, qui regarde beaucoup plus d’infos que son père ou moi au même âge. Petit d’Homme, qui a eu ce mot magique vendredi, en rentrant d’un petit magasin de bric et de broc Harry Potter ou Star Wars. Il avait rapporté un flyer avec le site et le numéro de téléphone. Et il m’a dit « parce que Maman, Mollat ils ont des sous et ils vont ouvrir, pendant le confinement, alors je préfère acheter chez ce monsieur pour l’aider ».

Même si je suis évidemment fière comme un bar-tabac de cette conscience sociale que ses parents ont essayé réussi à mettre à l’intérieur de lui, je me dis aussi que ce n’est pas anodin. Ce n’est pas anodin qu’un enfant de 9 ans (« et demi, maman« ) soit préoccupé par la survie d’un petit commerçant au point que ça impacte son comportement.

Les futures générations

Bien sûr, d’aucuns se féliciteront que les futures générations soient autant prescripteurs. D’aucunes souhaiteraient même changer leurs rêves et qu’ils arrêtent de souhaiter voler. Ce qui est complètement débile, parce qu’on a besoin qu’ils continuent de rêver d’aérien, ne serait-ce que pour trouver la façon de le faire en abîmant moins la planète. Parce qu’on continuera d’avoir besoin de voyager, ne serait-ce que pour apprendre à mieux connaître d’autres cultures.

Mais on peut aussi se poser la question, comme je le faisais en novembre dernier (épisode 41), des impacts sur leur psyché. Leur imaginaire, justement. N’est-on pas en train d’entraîner une génération entière vers un syndrome post-traumatique à grande échelle ?

Je ne sais pas quelles peuvent être les conséquences à long terme de cette situation.

On parle beaucoup des générations de jeunes étudiants, privés de vie sociale, de découverte d’autonomie, de revenus aussi pour une grande partie d’entre eux. Et c’est normal, les impacts immédiats sont évidents. On parle aussi des enfants défavorisés, sans matériel ou connexion pour la télé-école, sans parent suffisamment disponible ou éduqué pour les accompagner dans les apprentissages à distance. Ou de ceux soumis à une violence domestique en ces temps de confinement.

Verre à moitié plein ?

Mais on parle peu des impacts à long terme sur les enfants moins touchés a priori. J’imagine d’abord parce qu’il faut parer au plus pressé, et qu’il y a des urgences. Mais aussi sans doute parce que comme pour le reste, on ne sait pas, en fait. On n’a jamais vécu une telle épreuve ni dans la durée ni dans l’ampleur géographique. Est-ce que c’est quelque chose qui va créer la culture collective dont ces générations futures semblent tant manquer ? Est-ce le socle qui va devenir ce qu’a pu être Woodstock pour la génération de leurs grands-parents, mais pour tous les pays, pas que ceux du feu bloc de l’Ouest ?

La façon dont leurs parents vont réagir va sans doute aussi impacter les séquelles à long terme de cette période dont on ne voit pas le bout. L’évolution de la pandémie aussi, puisqu’il commence à être évident que (1) il va falloir beaucoup de temps pour vacciner la population mondiale, et que (2) avant même que d’y être arrivé, il faudra re-vacciner les premiers… ce dont on parle aussi trop peu.

Enfants à la maison

Avec Cher-et-Tendre, on a décidé de parler de tout avec Petit d’Homme. On préfère parler que passer sous silence. On préfère répondre à ses questions que le laisser se dépatouiller avec ses sentiments, souvent contradictoires, comme les nôtres.

En ces semaines d’enfant à la maison et de retour de la télé-école (je tente une nouvelle fois de lancer le mot), il est important de les écouter, non ?

Alors on fait au mieux. On lui explique des mots bizarres, comme « tollé ». On admire qu’il connaisse le nom de tous les ministres, même si parfois c’est un peu flou pour lui en termes de périmètres de responsabilités – pour nous aussi, remarquez. On l’entend participer aux conversations entre adultes sur des sujets comme la vaccination, le couvre-feu, la fermeture des commerces, et les restaurants clandestins.

Il a la chance d’avoir des parents qui ne sont pas d’accord sur tout, donc il est bien obligé de se faire sa propre opinion, en plus. Il alterne, forcément. Il apprécie les mêmes ministres que moi, mais refuse de se poser les débats désagréables sur la vaccination des très âgés comme son père. Il a appris à ne pas râler sur l’inévitable comme moi, mais cherche la tangente du légal comme son père. Il aime bien regarder Quotidien avec moi, mais n’est jamais contre un bon fight chez Brunet avec son père.

Il en restera quoi ?

Bien sûr, je me pose ces questions beaucoup trop tôt. Le manque de visibilité sur la durée de cette période bizarre est quand même assourdissant (ça devrait porter un nom, cette figure de style, mais je n’ai pas trouvé).

Alors comme sur le reste de la période, on attend. On surveille. On se renseigne.

Et on essaie de ne pas stresser.

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