Ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre…

Nuances de pantone en bleu

La « vie normale » revient. Plus de masques dans les écoles dans deux-tiers des départements, quasiment plus de télétravail, plus de gestes barrière – et le retour des maladies en tout genre, gastro, bronchites, et j’en passe…

Ni tout à fait la même, Ni tout à fait une autre… Vous m’autoriserez cette référence au poème de Verlaine, c’est peu original, certes, mai c’est pourtant exactement ce que je pense. La vie maintenant, ce n’est pas exactement la vie d’avant.

Le travail

Forcément, je commence par le travail, parce que c’est quand même une grande partie de nos vies, quand on en a un, de travail. Et le travail a changé. Pas encore assez je pense.

Nous sommes des êtres humains

La visio a permis d’humaniser beaucoup de choses dans les relations professionnelles. On connaît les intérieurs de nos contacts pros, on a rencontré leurs animaux de compagnie souvent, leurs enfants parfois, on est entré dans une intimité qui n’avait pas lieu d’être avant. On a humanisé des chefs, on a été ému d’un nourrisson qui pleure, on a ri des facéties du petit dernier, bref, on a échangé avec la personne toute entière, pas seulement la facette qu’elle montrait au travail.

Et on s’est dévoilé en retour. Nos galères de garde, nos animaux incontrôlables, nos conjoints qui entrent dans la pièce…

En vrai ou en visio ?

Oui, on se revoit « en vrai », mais pas de façon systématique. La nécessité de se voir en « présentiel » (dieu que ce mot est laid) est à présent évaluée, quasiment à chaque réunion. Facilité d’accès, temps de trajet, contenu des échanges, on est devenus experts dans le calcul rapide de l’intérêt – ou pas – de se voir en physique.

J’évalue aussi l’intérêt de la visio versus le téléphone. Parce que la Zoom fatigue c’est réel.

Bref, on aborde chaque moment d’échange avec un prisme logistique qui n’existait pas avant.

Toujours trop de réunions

Malheureusement, on n’a pas encore assez appris de nos erreurs, et on cherche encore à placer des réunions qui n’ont pas lieu d’être. Pour de l’information, par exemple. Ou pour traiter en séance des problèmes dont l’exposé aurait gagné à être partagé par écrit avant. Ou pour assister à des présentations dont les trois-quart des slides enfoncent des portes ouvertes…

On n’est pas assez créatif non plus.

Sur les durées, par exemple. Vous avez besoin de poser une question ? Bookez 15 minutes dans l’agenda de votre interlocuteur. ne monopolisez pas 1h parce que c’est le temps par défaut de votre agenda digital.

Sur le format aussi. Vous voulez valider un écrit ? Plutôt que de le faire circuler, créez un document collaboratif où tout le monde suggère les modifications plutôt que de le faire passer en file indienne. Intelligence collective…

On n’est pas assez rigoureux non plus. Je vois encore trop souvent des réunions sans ordre du jour, sans objectifs (informer / débattre / valider / décider), sans contrôle du temps, sans liste des présents absolument nécessaires… Les 18 mois qui viennent de se passer ne nous ont pas encore suffisamment appris à prioriser, à couper dans le très large gras de nos agendas pourtant débordants.

Le mal français ?

Sans doute. Les autres cultures ont moins le culte du faux consensus, l’idolâtrie du présentéisme, le snobisme du « j’suis blindé jusqu’à dans 3 semaines »… Je lis beaucoup sur ce qu’il se passe dans d’autres pays, d’autres cultures, d’autres habitudes, et la réunionite est bien un souci français. L’agenda blindé aussi. Et ça ne veut pas dire que vous êtes génial, contrairement aux idées reçues. Juste mal organisé, en fait…

Dans d’autres cultures, plus on est haut dans la hiérarchie, plus on a des plages de temps libre dans son agenda. Pour gérer les imprévus, pour prendre du recul, pour prendre du temps « de réflexion »…

Donc, oui, encore un peu la même vie, quand même, non ?

Côté perso

Côté perso, on a tout faux.

On s’est précipité dans les restaus et les bars, on a invité et on a été invité, on a célébré cette libération tant attendue, résultat des courses, on mange toujours trop.

On bouge un peu plus, quand même. Voire beaucoup, beaucoup plus, comme s’il était possible de rattraper le temps perdu (je vous confie un secret : non). Alors on a des courbatures, quand ce ne sont pas des élongations ou autres déchirures. Enfin je dis on, vous, parce que je reste #NoSport envers et contre tout et surtout Cher-et-Tendre qui ne comprend toujours pas (et est perclu de courbatures, lui).

Confluence de microbes

Mais surtout, on se croise plus. Au restau, au boulot, aux réunions de parents d’élèves, dans la rue, on est dehors, beaucoup. On a oublié ce qu’était le choc automnal – pourtant annuellement récurrent – des températures. On néglige les gestes barrière qui nous ont évité l’an dernier gastro et autres bronchiolites.

En plus, on est tellement nombreux à aller faire les check-ups qu’on a décalé maintes fois – parce que, tu comprends, c’est pas le moment -, qu’il faut des jours, des semaines, voire des mois pour de simples visites de contrôle. C’est Octobre Rose, et les centres de radiologie sont pleins si par hasard tu te lances dans ta première auto-palpation et tu préfères aller vérifier (ce que je te recommande, hein, il faut pas déconner avec ça).

Donc entre nos défenses immunitaires affaiblies parce que non sollicitées depuis 18 mois, des miasmes de partout provoquées et entretenues par les amplitudes températures de plus de 15 degrés sur la même journée, et une meilleure circulation et transmission parce que certains ont redécouvert la bise… C’est le bordel.

D’ailleurs, vous l’entendez, je n’y ai pas échappé, d’où ma voix de, au choix, Bonnie Tyler pour les uns, Sylvester Stallone pour Cher-et-Tendre (oui, il est charmant).

Alors c’est quoi, notre vie, maintenant ?

La nature ayant horreur non seulement du vide mais du déséquilibre, il ne va pas nous falloir très longtemps pour entrer dans ce nouveau normal qui ressemble tant à l’ancien mais n’y est pas identique, pourtant.

Sauf résurgence du virus – qui reste attendue sur les mêmes cycles de 2 mois par la majorité des épidémiologistes, quand même, donc ne crions pas victoire trop vite -, on va encore s’étonner un peu de ne pas sortir son téléphone pour entrer dans un restaurant, de ne pas porter de masque dans un cinéma ou une boutique, de se croiser par hasard dans la rue parce que on y est, dans les rues. Sur les voyages à l’étranger, on va sans doute encore rester un long moment dans des vérifications incessantes des changements des obligations à l’entrée et au retour en France, pester contre un manque de transparence et d’anticipation, douter sur le bien-fondé de telle ou telle recommandation…

Mais pas si longtemps.

J’espère qu’on n’oubliera pas

J’espère quand même qu’on n’oubliera pas ces 18 mois pendant lesquels on a découvert à nouveau qu’on ne savait pas tout. Que les scientifiques procèdent par débat contradictoire et tests empiriques. Que les décisions ne peuvent pas anticiper les informations non connues, et qu’elles doivent rester agiles pour intégrer les informations nouvelles. Que le vivre ensemble, c’est aussi protéger les autres quand on se protège soi-même, même si on n’en voit pas le besoin. Que la liberté individuelle s’arrête où commence celle des autres.

Mais j’en doute. Parce qu’on est en année électorale, bien sûr. Mais aussi parce que c’est tellement plus facile de ne pas avoir de doutes, quitte à dire de grosses conneries.

Il suffit d’ouvrir Facebook, d’ailleurs, pour s’en rendre compte. Quoi, tu l’as déjà effacé ? Tu as bien fait. Moi je n’ai pas encore eu ce courage salutaire. Mais ça, c’est le sujet d’un prochain épisode.

Photo by Markus Spiske on Unsplash


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