La culture collective

Un des bénéfices collatéraux du Covid ?

Quand j’étais petite, c’est à dire au siècle dernier, il y a longtemps de cela, très très longtemps même si on en croit Cher-et-Tendre (né presque 8 ans après moi donc petit jeunot), la télé était le seul écran du foyer. Ou presque. Et on avait peu de chaînes – même si mes parents étaient « abonnés fondateurs » de Canal+ en 1984, ça ne faisait quand même que 4 chaînes… Forcément, il y avait de grandes chances que vous ayez regardé le même programme que vos copains de classe la veille… Et ça créait une culture collective, non ?

Je n’ai pas perdu de temps à compter les chaînes disponibles aujourd’hui, mais ça doit faire plusieurs centaines, sans compter les programmes disponibles à la demande par abonnement sur a minima 5 plateformes en France – OCS, Canal, Netflix, Amazon Prime, Disney+, et j’en oublie certainement. Certes, la majorité sont payantes, donc moins diffusées, mais rien que sur la TNT gratuite on a accès à 27 chaînes, c’est quand même beaucoup plus que 4.

Alors non, je ne vais pas vous faire le couplet du « c’était mieux avant », même si j’avoue que j’ai plus de mal à convaincre Petit d’Homme de lever la tête de l’écran pour aller lire que mes parents n’en avaient avec moi – c’est simple, j’y allais toute seule, lire, et ça n’a pas changé depuis mes 6 ans…

Mais il se trouve que j’ai réalisé un truc depuis le début du confinement : Petit d’Homme connaît certaines pubs par coeur. Comme moi à son âge… et dès mon plus jeune âge. Mais pour Petit d’Homme, c’était la première fois. Celle des gestes barrières du gouvernement, bien sûr. Comme ces élèves qu’on a vu avec le Président lui réciter la pub… et donc connaître les gestes barrières. Culture collective, on a dit…

En fait, jusqu’au confinement, on consommait peu de contenus en linéaire. On consommait peu de contenus tous ensemble, tout court.

Liné quoi ?

Forcément, j’ai un prisme professionnel avéré, j’ai participé au lancement des premières VOD (vidéo à la demande) dans mon passé professionnel – lointain, puisque cela remonte déjà à il y a… 16 ans. Le linéaire, c’est regarder les émissions à l’heure où elles sont programmées.

Avant l’avènement des plateformes de replay et autres contenus par abonnement, si on ne voulait ou ne pouvait pas regarder en « linéaire », donc à l’heure et au jour de programmation précisés dans votre programme télé, il fallait enregistrer sur son magnétoscope personnel. Voire sur son décodeur (box) si on avait la chance d’avoir le dernier cri et seulement à partir d’une certaine époque.

Netflix et consorts ont révolutionné la consommation des programmes. Le développement de ce qu’on appelle le « replay » aussi. On n’est plus tous en symbiose devant le petit écran comme à l’époque des Maritie et Gilbert Carpentier, de la première saison du Loft (il y a déjà 19 ans…), des Dossiers de l’écran ou autre Droit de réponse

On a quoi en commun ?

À présent, on parle à la machine à café physique ou zommesque de la dernière série en vérifiant au préalable si on en est bien au même épisode que la personne avec qui on en parle, puisque tous les épisodes sortent en même temps – ou presque, pour ne pas « spoiler ». On grapille des extraits d’émissions de talk repris par des émissions d’infos ou l’inverse, on capte des bribes parfois vidées de leur contexte et donc de leur sens, on snacke sur des contenus sur lesquels on zappe plus rapidement qu’un montage du Zapping de Canal+ à ses meilleurs moments… il y a longtemps.

Au-delà du fait qu’on n’analyse plus rien – ce qui me tracasse de plus en plus, vous l’aurez compris, comme si le nivellement par le bas de notre société était la seule direction possible -, on perd en culture collective. Les seuls éléments qu’on partage tous culturellement ce sont les memes qu’on s’envoie sur les groupes familiaux Whatsapp ou les publications Facebook pour ma génération, les stars de Tik Tok pour celle de Petit d’Homme (de ce que j’en comprends par les debriefs de Quotidien, je ne suis pas sur Tik Tok. Petit d’Homme non plus. Encore. J’en profite).

Le confinement a eu du bon

Alors, oui, le confinement a eu du bon. Les grands classiques à la télé, Louis de Funès et le Splendid en tête, où nombre de familles se sont retrouvées à regarder ensemble le même programme devant le même écran – et pas chacun devant le sien. Les allocutions du Président suivies par plus de monde qu’une finale de foot, ou presque. Et même les pubs, puisque Petit d’Homme a vu plusieurs fois les mêmes pubs au point de les connaître par coeur. Je me surprends à les prononcer avec lui, comme avec ma soeur il y a presque 40 ans…

Ça nous a donné le goût de regarder des choses ensemble. Alors même en « délinéarisé », on s’est mis à se faire un classique sur une plateforme toutes les semaines. Pour le plaisir de faire découvrir à Petit d’Homme les chefs d’oeuvre de notre enfance. Mary Poppins, par exemple. Les Demoiselles de Rochefort la semaine dernière.

Il n’y a pas tellement de quoi se réjouir me direz-vous, ça ne donne pas de recul, de perspective, d’analyse historique, de profondeur philosophique, d’objectivité journalistique… Certes.

Mais on prend les petits bonheurs là où ils sont.

Photo by PJ Gal-Szabo on Unsplash

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